La chanson des insoumis

CHANSON – En 1973, au plus fort de la dictature militaire au Brésil, le chanteur exilé Gilberto Gil rend hommage au footballeur rebelle Afonsinho. Rencontre de deux insoumis.

Afonsinho

Afonsinho portait la barbe et les cheveux long, ce qui avait le don d’irriter les militaires au pouvoir. Ce milieu de terrain qui rejoint le Botafogo en 1965 était fiché par les autorités comme élément subversif et communiste. Il affirmait haut et fort ses opinions et notamment son opposition à la dictature.

Depuis le coup d’état de 1964, le Brésil vivait en effet sous le joug des militaires soutenus par les États Unis. L’opposition était réprimée à coup d’arrestations arbitraires, d’intimidations et de brimades en tour genre. Les communistes, les anarchistes, les syndicalistes étaient visés mais également les artistes. Ainsi les musiciens Gilberto Gil, Caetano Veloso et Chico Buarque seront contraints à l’exil après avoir été emprisonnés pour cause de chansons trop engagées.

Si Afonsinho n’est pas resté l’un des noms les plus connus de l’histoire du foot brésilien, c’est avant tout parce qu’il n’a jamais pu évoluer au sein de la seleçao. Né en 1947, Afonso Celso Garcia Reis faisait carrière dans le foot pro tout en poursuivant des études de médecine. Mais son attitude rebelle et les valeurs qu’il proclamait incitait les sélectionneur à ne pas l’intégrer dans la sélection.

Son look, son engagement et son cursus aurait dû en faire l’égal de celui qu’il a inspiré et qui deviendra le magnifique capitaine du Brésil des années 1982-1986, le docteur Sócrates. Si ce dernier s’est illustrer en expérimentant la démocratie au sein de son club, Afonsinho a également beaucoup apporté dans le statut du footballeur et sa liberté.

En 1970, alors que Pelé et consorts remportent la Coupe du Monde à Mexico, Afonsinho est écarté du Botafogo et prêté à un autre club contre son gré. Ce sont les clubs en effet qui décident où ils vont transférer leurs joueurs. Le joueur rebelle et ses avocats attaque alors ses dirigeants en justice, réclamant le droit de négocier lui-même son contrat et ses transferts. Lorsqu’il remporte son combat, c’est une petite révolution qui secoue le football brésilien. Inspirateur de Sócrates, le joueur brésilien est également un Jean-Marc Bosman avant l’heure.

Exilé en Europe et aux États Unis où il poursuit une fructueuse carrière de musicien, Gilberto Gil n’oublie pas le Brésil. Il tient à rendre hommage à son compagnon de lutte resté au pays. En 1973, il enregistre la chanson « Meio de Campo » (milieu de terrain) en hommage à Afonsinho sur l’album « Cidade Do Salvador« .

La suite de la carrière d’Afonsinho se poursuivra ainsi dans de nombreux clubs qu’il aura lui-même choisi. Il en profite pour donner à ses coéquipiers et adversaires les clés d’une gestion de carrière plus libre. Une fois rangés les crampons, il s’occupera de l’insertion des handicapés mentaux.

Gilberto Gil quand à lui connaitra une notoriété internationale avec son tube « Toda menina baiana » en 1979. Un succès qui l’encourage à poursuivre son engagement. La chute des militaires et le retour à la démocratie en 1985 lui permettent de revenir au pays. Il se lance en politique en devenant conseiller municipal à Salvador, sa ville natale. Il devient ambassadeur de l’ONU en 2001, puis ministre de la Culture deux ans plus tard sous le gouvernement Lula (2003-2008). Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre sa carrière musicale et d’écrire quelques autres chansons en hommage au futbol.

 

 

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