Qui c’est les plus forts

ROMAN – Dans « Un Printemps 76 » (Stock, 2016), le journaliste Vincent Duluc revient sur ses vertes années et son adolescence à admirer l’équipe stéphanoise des seventies.

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Le plus grand regret de Vincent Duluc aurait pu être d’être né au pire endroit, juste à coté de là où s’écrit l’Histoire du foot. L’adolescent lyonnais aurait enragé de voir les Verts de Saint-Etienne renverser des montagnes en Coupe d’Europe et recevoir l’admiration de tout un pays.

Mais le futur journaliste de L’Équipe a finalement décidé de franchir le rubicon et de se rendre à Geoffroy-Guichard pour mieux suivre ces fascinants Verts. Comme chacun des témoins de l’épopée, l’adolescent devient Stéphanois. Il se rêve Ange vert « aux boucles brunes cascadant au ras des épaules » malgré une tignasse blonde qui le fait plutôt ressembler « à un joueur tchécoslovaque dégingandé ».

« Un Printemps 76 » (Stock), le deuxième roman de Vincent Duluc, est un livre de souvenirs d’adolescence où se confrontent les douleurs personnelles et la fascination d’une grande équipe devenu phénomène social.

L’auteur s’attarde sur de nombreux acteur de l’épopée stéphanoise, comme le président Roger Rocher atteint d’une vertigineuse mégalomanie ou l’entraîneur Robert Herbin qui n’aime rien tant que de soigner son bronzage.

Il évoque surtout la ferveur incroyable, inédite, qui s’emparait du stade de Geoffroy-Guichard les soirs de Coupe d’Europe. Cette ambiance populaire, ouvrière, prolétaire, Duluc trouve les mots justes pour la décrire, délaissant la technique journalistique pour laisser s’exprimer les sensations de l’écrivain.

Nous étions quarante mille dans la nuit vulcanienne et j’étais seul. Je suis sûr de n’avoir parlé à personne. Je n’avais pas envie, sans doute, d’être arraché à mes pensées tandis que je m’apprêtais à me recueillir. Je voulais m’abandonner sans frein ni témoin à ma fascination pour ce décor, les projecteurs dans la nuit de mars, le bloc rond lumineux tournant pour Manufrance, les hautes cheminées par-dessus les toits, les filets du but, les mouvements dans les tribunes.

Au stade, ils se retrouvaient, les ouvriers et les mineurs dans les populaires, les cadres dans les tribunes latérales, la géographie de Geoffroy Guichard maintenait les frontières entre les territoires. « Tribune populaire », c’était marqué sur la contremarque, c’était le nom officiel; on n’oserait plus stigmatiser une classe ou officialiser l’idée de réunir le prolétariat au même endroit, mais on osait alors, peut être en prétendant que ce qui était populaire était aimé, et puis c’était de la que partait la chaleur, c’était la flamme qui entretenait le mythe du chaudron, cette carte postale d’un lieu ou passe le souffle d’une ville de charbon et d’acier.

« Un printemps 76 » de Vincent Duluc  a obtenu le prix Antoine Blondin récompensant un ouvrage original sur le sport.

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