Le foot selon J.C.

LIVRE – La biographie « Johan Cruyff, génie pop et despote » (2015, Hugo Sport) de Chérif Ghemmour déroule la carrière d’un des plus grands joueurs de l’histoire, marquée par de nombreuses révolutions.

cherif-ghemmour-cruyff

Lorsque Johan Cruijff joue son premier match avec l’Ajax en 1964, Jacques Brel chante Amsterdam à l’Olympia. Mais la chanson décrit une vision déjà dépassée de la capitale néerlandaise. En ce milieu des années soixante, la jeunesse batave veut en finir avec l’ennui qui caractérise le pays. Et plutôt que d’écouter Brel, elle célèbre les Beatles venus pour la première fois en tournée aux Pays Bas.

Sur le plan du foot, les Pays Bas ne représentent alors pas grand chose. L’équipe nationale n’est plus jamais présente en Coupe du Monde et les clubs sont rapidement éliminés des épreuves continentales. Quelques mois avant que Johan Cruijff ne débute sa carrière, un certain Faas Wilkes, le moins méconnu des footballeurs néerlandais, met fin à sa carrière après avoir évolué à l’Inter Milan, au Torino et à Valence.

Johan Cruijff est à Faas Wilkes ce que les Beatles sont à Jacques Brel : le symbole du passage à la modernité d’un pays qui n’en finissait plus de ressasser les terribles souvenirs de l’occupation, sans jamais penser à l’avenir.

Lorsque Chérif Ghemmour a entrepris de raconter la vie de Johan Cruijff, il a compris que c’est aussi raconter l’histoire de révolutions simultanées : celle d’un pays qui passe de la tradition ennuyeuse au modernisme le plus tolérant, celle d’un jeu, le foot, qui s’apprête à vivre une profonde évolution tactique, et celle d’un club, l’Ajax, qui va bouleverser la hiérarchie et marquer son époque.

Après les Pays Bas, Johan Cruijff a également fait souffler la révolution sur sa région d’adoption, la Catalogne, et son deuxième club, le FC Barcelone. Son passage chez les blaugrana correspond à cinq années qui ont vu passer l’Espagne du Franquisme à la Movida. Plus tard, comme entraîneur, il réinventera un foot chatoyant et offensif à une époque qui tendait au verrouillage pragmatique et à la victoire à tout prix.

Johan Cruijff est le parfait symbole des mutations de son époque. Presqu’à son corps défendant, puisque l’homme est avant tout un individualiste. L’auteur insiste même sur le caractère trempé de l’artiste : un homme de conflits, un dominateur écrasant, un donneur de leçons arrogant, égocentrique et vénal. De multiples défauts qui n’entravent en rien le souvenir d’un joueur aux dribbles géniaux, aux courses fulgurantes et aux buts époustouflants.

Johan Cruijff Pays Bas

Sur le web :

 

NB : Doit-on écrire Cruijff ou Cruyff ? Curieusement, aucune des deux options n’est fausse. La première orthographe (choisie par notre site) est le nom du joueur en néerlandais. Le second (choisi par Chérif Ghemmour) est celui qui a été utilisé au niveau international et commercial.

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