Pourquoi le Brésil ?

LIVRE – Le récit « Eloge de l’esquive » d’Olivier Guez (Grasset, 2014) raconte l’histoire sociale du Brésil à travers le dribble de ses plus grands joueurs.

Olivier Guez Eloge de l'Esquive

Sur le bandeau de couverture, une photo du grand Pelé et son fameux grand pont qui mystifia le gardien uruguayen Mazurkiewicz lors de la Coupe du Monde 1970. L’éditeur aurait peut-être dû choisir une photo de Garrincha. Car c’est bien à l’ailier de Botafogo que le livre d’Olivier Guez « Eloge de l’esquive » rend hommage.

Le récit d’une centaine de pages commence en effet par l’enterrement de l’ailier brésilien en 1983, fauché par une cirrhose à l’âge de 49 ans. Ce fut une journée de deuil pour le pays tout entier. Car si Pelé est universellement reconnu comme le meilleur joueur du monde, le peuple brésilien s’identifie surtout à Garrincha, l’enfant pauvre aux jambes tordues passé maître dans l’art du dribble.

Garrincha est un malandro, ce personnage typique de l’imaginaire carioca, un bad boy provenant des favelas qui dribble sa condition sociale pour mener une vie grand train. Il descend en ville habillé avec soin et tel un dandy fréquente les bons restaurants, les cabarets et les prostituées, mais pince aussi le coeur des jolies bourgeoises.

Pelé Garrincha dieux du Brésil

Le Brésil se reconnaît en Garrincha, car Garrincha, c’est le dribble, et le dribble est l’essence même du football brésilien. A la fin du XIXe siècle, les Anglais importèrent un jeu rude et violent. Pour éviter les coups donnés par les blancs et impunis par les arbitres, les joueurs noirs inventèrent l’esquive, la feinte de corps, le dribble…

Olivier Guez conte alors l’histoire du football brésilien sous l’angle du dribble roi, et par là même, l’histoire entière du peuple brésilien. Lorsque le foot s’installe au Brésil, l’esclavage est aboli mais la ségrégation demeure. Les noirs et métisses qui souhaitent intégrer les équipes de blancs se poudrent le visage et lissent leurs cheveux, comme Arthur Friedenreich, premier grand joueur du foot brésilien, dont on dit qu’il a inscrit plus de buts que Pelé.

Il faudra attendre les années 1930 pour que les Noirs soient admis dans les clubs professionnels. Ainsi les grands joueurs brésiliens de l’époque, où le football commence à s’internationaliser, sont noirs, comme Fausto dos Santos, Domingos da Guia ou le grand Leônidas, attraction de Coupe du monde 1938 en France.

Tous sont de grands dribbleurs comme le seront Garrincha et Pelé. L’histoire du dribble est celle du métissage brésilien. C’est ce football dansé qui marquera l’imaginaire du foot en remportant trois Coupes du Monde, avant d’être fracassé par le réalisme des années 1980. Un réalisme qu’adopteront les Brésiliens, champions du monde en 1994 puis en 2002, avec quelques dribbles encore (Ronaldo, Ronaldinho, Denilson…) mais un peu moins de magie.

Maillot Auriverde Brésil

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