Tout l’or du Brésil

MAILLOT – La tenue de l’équipe du Brésil est l’une des plus flamboyante du monde du football. Elle n’a pourtant été adoptée que dans les années 1950 et son créateur n’en est pas vraiment satisfait.

Maillot Auriverde Brésil

Depuis ses premiers matches en 1914, l’équipe nationale du Brésil joue dans une tunique blanche à liserés bleus. C’est avec cette tenue que la Seleção dispute les trois Coupes du Monde d’avant-guerre. Les Brésiliens ne passent pas le premier tour en 1930 et 1934, mais réalisent un bon tournoi en 1938 en France, où ils terminent troisièmes et où Leonidas, leur avant-centre, finit meilleur buteur.

C’est aussi avec cette tenue blanche que l’équipe brésilienne dispute à domicile la Coupe du Monde 1950. Un tournoi marqué par un parcours flamboyant brutalement stoppé lors du dernier match par une défaite inattendue contre l’Uruguay. Une défaite est vécue comme une authentique tragédie nationale, et le pays s’applique, dans les années qui suivent, à effacer le traumatisme.

Parmi les mesures à prendre, il y a la tenue des joueurs. Ce maillot blanc et ce short bleu est finalement très peu brésilien et n’exhale pas aux joueurs leur sens du devoir envers la patrie. Le quotidien Correio da Manhã fait ce constat et lance un concours pour trouver une tenue qui associerait avec élégance et harmonie les couleurs du drapeau du pays.

Ce drapeau se présente avec un fond vert symbolisent l’immense forêt amazonienne, sur lequel s’impose un losange jaune or, pour les richesses minières du pays. En 1889, la République tout juste instaurée ajoute au centre du losange une sphère bleue, qui fait immédiatement penser à un globe terrestre. La devise du pays, « Ordem e Progresso » (« Ordre et Progrès« ), est inscrite sur la bande blanche figurant l’équateur du globe. Enfin, vingt-sept étoiles ornent la sphère, chacune correspondant à un état fédéré du Brésil.

Trois cent une propositions de maillot sont envoyées au Correio da Manhã. Le concours est remporté par un maillot or à liserés verts, accompagné d’un short bleu et de chaussettes blanches. L’équipe du Brésil a trouvé son habit de lumière. Son créateur est un dénommé Aldyr Garcia Schlee, un jeune homme de dix-neuf ans qui gagne sa vie comme illustrateur dans la presse. Il vit à Pelotas, une petite ville proche de la frontière uruguayenne. Détail savoureux : bien que brésilien, il est plutôt supporter de l’équipe d’Uruguay !

La Seleção inaugure sa nouvelle tenue auriverde en mars 1954 lors d’un match contre le Chili. Elle l’emporte ensuite en Suisse pour la Coupe du Monde 1954, où elle s’incline en quart de finale face à la Hongrie. Quatre ans plus tard, en 1958, le Brésil remporte enfin la Coupe du Monde. Ironie de l’histoire, le jeune Pelé et ses coéquipiers n’ont pas pu porter leur maillot auriverde en finale. Leur adversaire est en effet la Suède, la seule autre équipe du tournoi à jouer également en jaune. Or la Suède joue à domicile et fait valoir son droit à porter sa couleur traditionnelle. Le Brésil, qui n’avait pas prévu de tenue de rechange, se procure au dernier moment des maillots bleus sur lesquels sont cousus à la hâte les emblèmes. Le Brésil, en bleu, l’emporte 5-2. Et décide de garder ces maillots bleus et shorts blancs comme tenue de rechange.

Le Brésil remportera d’autres Coupes du Monde (1962, 1970, 1994, 2002), et portera son fameux maillot auriverde à l’occasion de chaque finale.

Peu après avoir remporté le concours, Aldyr Garcia Schlee s’est installé à Rio pour pouvoir suivre un stage de journalisme au Correio da Mahnã, qui faisait partie du prix à gagner. Dans le même cadre, il est également invité à loger avec les joueurs de l’équipe du Brésil, mais il en garde un souvenir mitigé.

La vie de Aldyr va prendre une drôle de tournure à partir de 1964, lorsque le Brésil est frappé par le coup d’état militaire. Aldyr est alors à l’université et ne cache pas son opposition au nouveau régime. Lorsqu’il envisage de présenter une thèse de doctorat sur « l’autodétermination nationale« , les copies sont subtilisées par l’armée. Aldyr ne les retrouvera qu’en 1977. Il passe quelques séjours en prison, étant régulièrement accusé d’activités communistes. Il est en outre interdit de quitter le pays alors qu’il envisage d’aller étudier aux Pays Bas.

Aldyr a beau avoir un passeport brésilien, il ne peut s’empêcher de se penser uruguayen. Il a grandi à Jaguarão, une ville frontalière positionnée géographiquement au Brésil, mais culturellement uruguayenne. Devenu écrivain dans les années 1980, il publie de nombreuses nouvelles, remportant deux fois la Biennale de la littérature brésilienne. Ses livres pourtant se vendent mieux en Uruguay qu’au Brésil. Son univers littéraire est la frontière entre les deux pays.

Lorsque l’équipe du Brésil retrouve l’Uruguay en demi-finale de la Coupe du Monde 1970, Aldyr reste un supporter de la Celeste, même si l’équipe d’en face, celle du pays inscrit sur son passeport, porte son maillot. Le créateur a tendance à culpabiliser : Le maillot auriverde que portent les Pelé, Jairzinho et autres Tostao, devenu un symbole national, donne au monde une image flamboyante du Brésil. Mais pour son créateur, il s’agit aussi du maillot de la dictature militaire. La démocratie est officiellement revenue en 1985. La sélection du Brésil a conservé sa tenue or et verte.

Big Four des maillots d’Amsud
AlbicelesteArgentine maillot-brasilBrésil ColombieColombie uruguay 1987Uruguay
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