Le nom des clubs

CULTURE CLUB – Pourquoi Arsenal s’appelle-t-il Arsenal ? Que signifie Crystal Palace ou Juventus ? Dans le nom des clubs de foot se révèlent quelque fois de belles anecdotes. (Article remis à jour, initialement publié le 12 août 2011)

River Plate 1986

25 mai 1901. Dans une maison du quartier populeux de La Boca, à Buenos Aires, quelques étudiants se rencontrent pour créer un club de football. Ce club aurait pu s’appeler La Rosales, Santa Rosa, Forward ou Juventud Boquense. Mais Pedro Martinez, l’un des fondateurs du club, était resté impressionné par un seul nom. Sur des caisses d’outils qui venaient d’être débarquées sur le quai, il a lu River Plate. Ce nom à consonnance anglaise, dont il ignorait à vrai dire la signification, le faisait rêver. Il sut trouver les arguments pour convaincre ses amis de baptiser ainsi le club qui venait de naître. Ainsi débute l’histoire d’un des plus grands clubs du monde.

Baptèmes à l’anglaise

Aux origines du football, la plupart des clubs ou presque ont adopté le nom de leur ville d’origine, auxquels ils ont ajouté un préfixe : Football Club (FC), Racing Club (RC), Atletic Club (AC) ou Sporting Club (SC).

Les Anglais ayant exporté le football un peu partout dans le monde, et l’Anglais étant réputée une langue très chic, les clubs nés à la fin du XIXème siècle ont souvent adopté un nom à consonance britannique. A Saint-Ouen, Jules Rimet et ses amis baptisent leur club le Red Star. A Anvers, le club garde le nom anglais de la ville, Antwerp. En Suisse, Berne a appelé son club les Young Boys et Zurich les Grasshoppers (« Sauterelles« ). En Amérique du Sud, on baptise ses clubs Corinthians (Sao Paulo) sans oublier River Plate (Buenos Aires).

D’autres mots sont fréquemment utilisé dans l’appellation des clubs : Olympique (ou Olympic) est utilisé en hommage, souvent, au Baron de Coubertin. Royal ou Real est une distinction selon laquelle le le club a été anobli par la Monarchie en place.

Clubs de quartiers

Dans les grandes métropoles, les clubs ont préféré emprunter le nom de leur quartier. Le cas le plus typique est celui de Londres, qui compte une multitude de clubs, dont une vingtaine de professionnels, mais aucun ne mentionne London dans son intitulé : Ils préfèrent s’appeler Chelsea, Fulham, Tottenham, West Ham, Millwall, etc.

D’autres quartiers du monde sont devenus célèbres grâce à leur équipe de football : Anderlecht (Bruxelles), Feyenoord (Rotterdam), Everton (Liverpool), Benfica (Lisbonne), Aston Villa (Birmingham), Boavista (Porto), Rosenborg (Trondheim), Servette (Genève), Peñarol (Montevideo), etc.

Clubs de régions

D’autres clubs ont préféré adopter le nom de leur région : La Lazio (Rome, Italie), le Bayern (Munich, Allemagne), Twente (Enschede, Pays Bas), les Girondins de Bordeaux (France), ainsi que Alania Wladikawkas en Géorgie, Alania étant le nom de l’Ossétie dans le dialecte local.

Dans les années 1980-90, en France, le nom de la région ou du département s’est fréquemment ajouté au nom du club, et ce pour des raisons purement économiques, les Conseils Généraux acceptant de subventionner leurs clubs phares en échange d’un droit de cité. Les noms de Montpellier-Hérault, FC Nantes-Atlantique, CS Sedan-Ardennes ou ES Troyes-Aube-Champagne (ESTAC) sont des exemples de cette spécificité bien française.

Plus qu’une région, le Celtic (Glasgow) et le Celta (Vigo) affichent par leur nom leur identité celte. Le club écossais fut créé en 1888 par les immigrés irlandais de Glasgow. Le Celta Vigo rappelle quand à lui que la Galice est un peu la Bretagne de l’Espagne, avec sa culture celte et son mauvais temps.

Même chose pour le club chilien du FC Palestino, qui fut fondé en 1929 à Santiago par des immigrés palestiniens.

Le club de l’US Lusitanos Saint-Maur , fondé en 1966 par la communauté portugaise installée à Saint-Maur-les-Fossés, est le plus célèbre des clubs de France fondés par une communauté étrangère, très répandus dans de nombreuses grandes villes. A Andorre, un club fondé par des Portugais portent également le nom de Lusitanos FC.

Spartak, CSKA, Dynamo, Lokomotiv…

Dans les pays de l’ancien bloc communiste, les clubs étaient souvent l’émanation d’une institution étatique, d’où la fréquence de noms tels que CSKA ou Steaua, représentant l’armée, Lokomotiv pour les compagnies de chemin de fer. Les termes de Dynamo et de Spartak était également très usités.

Noms commerciaux

Lorsqu’en 1987, la firme Matra, qui avait investi le Racing Club de Paris, décida de rebaptiser le club Matra-Racing, on hurla au sacrilège et on déplora l’intrusion de la publicité jusque dans la terminologie des clubs. C’était oublier que depuis de longues années, certains clubs portaient déjà le nom des firmes par lesquelles ils étaient financés, voire même créés : le Phillips Sport Veirein (PSV), à Eindhoven, existait depuis 1913 et le Bayer Leverkusen depuis 1904 !

En 1920, lorsqu’il créa son propre club à Saint-Etienne, Geoffroy Guichard, patron des magasins Casino, voulut appeler son club l’AS Casino, ce à quoi la Fédération Française de Football s’opposa. Autre temps, autres moeurs, le club de Thonon-Gaillard porte depuis sa création en 2007 le nom de son sponsor Evian au point de créer un peu la confusion. Non, Evian Thonon-Gaillard n’est pas le club de la ville d’Evian !

Le nom d’une firme-sponsor est désormais très courant dans le football, notamment dans les pays asiatiques.

Boulot boulot

D’autres noms de clubs font référence à l’endroit où ils ont été créé, principalement dans les lieux de travail. Ainsi Arsenal a été fondé en 1886 à Londres par les employés de la Woolwish Arsenal, l’usine d’armement du gouvernement britannique. Un nom qui aurait très bien pu aller au club de Brest, soit dit en passant.

Arsenal Station

Dans les Deux-Sèvres, Niort a longtemps été la capitale mondiale de la chamoiserie, industrie de traitement de la peau de chamois. En 1925, le président des Chamoiseries de Niort, Charles Boinot, créa le club de football local et le baptisa tout naturellement les Chamois Niortais.

A Lagos, un club porte le nom de Julius Berger, fondé en 1976 par une filiale de l’entreprise Allemande Bilfinger Berger AG installée au Nigeria. Julius Berger est en fait le nom du créateur de l’entreprise en 1890.

Galatasaray tient son nom de l’école française d’Istanbul où il a été créé.

Mythologies

La mythologie grecque est une source de noms originaux (et libres de droit…) dans laquelle ont pioché les créateurs de l’Ajax Amsterdam et l’Atalanta Bergame. Pour en savoir plus, voir l’excellent site Le Grenier de Clio, où l’on apprend qu’ Ajax n’est pas seulement une marque de détergent, et qu’ Atalanta fut une Marion Jones avant l’heure.

Personnages historiques

D’autres club font références à des grands personnages de l’histoire. Tottenham Hotspur a placé à coté du nom de son quartier le nom d’un célèbre cavalier du XVème siècle, Harry Hotspur, que Shakespeare notamment a immortalisé dans « Richard III« .

A Buenos Aires, Velez Sarsfield est le nom d’un homme politique (prénommé Dalmacio) qui écrivit rien moins que la Constitution argentine et le premier code civil argentin. En fait, le club tire précisément son nom de la gare près de laquelle fut fondé le club. Et il se trouve que la gare portait alors le nom du grand homme.

Willem II, le club de Tilburg aux Pays Bas, est le nom hollandais de Guillaume II, prince d’Orange qui devint roi de Hollande en 1840, mais aussi duc de Limbourg et grand-duc du Luxembourg. Sous la menace des Belges en 1830, Guillaume II avait établi ses quartiers à Tilburg, où il est mort en 1849.

A Rio de Janeiro, un club s’appelle purement et simplement Vasco de Gama, en référence au célèbre navigateur portugais (1469-1524) qui ouvrit le premier la route de l’Inde en contournant l’Afrique. En Argentine, un club de Santa-Fé s’appelle Club Atlético Colón en hommage à Christophe Colomb.

A Belgrade, le FK Obilic porte le nom de Milos Obilic, héros de la résistance serbe face à l’invasion ottomane en 1389. Un héros devenu par la suite le symbole du nationalisme serbe.

A La Paz, en Bolivie, le Club Bolívar fut créé en 1925, année du centenaire de la Bolivie. Il porte le nom de Simon Bolivar, qui libéra la Bolivie de l’envahisseur espagnol. Même chose pour Colo-Colo au Chili, dont le nom rend hommage à un chef indien qui résista longtemps aux Espagnols.

En Bolivie toujours, Jorge Wilstermann, le club de Cochabamba, porte le nom du premier aviateur professionnel bolivien. Le club avait été fondé en 1949 sous le nom de San José de la Banda par les ouvriers de la société aéronautique Lloyd Aéreo Boliviano.

Megalo story

En Afrique du Sud, les Kaizer Chiefs et Jomo Cosmos, ont été créé respectivement par Kaizer Moutang et Jomo Sono, deux anciens joueurs qui ont passé une partie de leur carrière professionnelle aux Etats Unis, Atlanta Chiefs et Cosmos New York. A leur retour au pays, les deux hommes ont associé leur prénom au club qui a fait leur gloire.

En Inde, à Goa, le Churchill Brothers SC doit son nom aux frères de Alemão Churchill, à la fois homme politique et contrebandier de renom, qui a perdu deux de ses frères dans des opérations de contrebande qui ont mal tourné.

A Rosario, Newell’s Old Boys a été créé par des étudiants qui ont baptisé le club en hommage à leur professeur d’anglais Isaac Newell.

Et aussi…

A Buenos Aires, un magasin anglais refusait de faire jouer ses employés argentins dans l’équipe de l’entreprise, réservée aux seuls sujets britanniques. Les exclus décidèrent alors de fonder leur propre équipe. Il la nommèrent Independiente.

Inter, contraction de Internazionale, indique que le club accueille des joueurs de toutes nationalité. En ces temps d’arrêt Bosman, un tel nom peut paraître incongru, mais en 1908, l’Inter Milan fut créé par les démissionnaires du Milan Cricket Club (futur Milan AC), lequel avait décidé de ne recruter que des joueurs italiens. Le terme a été repris par le nombreux clubs, aussi bien à Porto Alegre qu’à Bratislava.

Juventus veut dire Jeunesse en latin. Il est à noter que dans ses statuts, le club turinois s’appelle « Juventus Football Club » et non pas « Juventus Turin », comme on le désigne fréquemment. C’est la raison pour laquelle, périodiquement, les dirigeants de la « Juve » aiment faire savoir que rien ne les lie à la ville de Turin, et qu’ils peuvent très bien jouer dans une autre ville quand bon leur semble.

Le Hertha Berlin porte le nom d’un bateau. Fritz Lindner, le créateur du club, avait en effet été séduit par son escapade à bord du Hertha, un bateau à vapeur dont la cheminée était peinte en bleu et blanc, les couleurs du club.

Xamax est le nom du club de Neuchâtel (Suisse), sans doute le plus curieux. Il aurait pour origine l’un des joueurs qui créa le club, l’international Max Abegglen, que ses amis surnommaient Xam ou… Xamax.

Le Cosmos New York doit son nom à l’opposition du soccer que voulaient donner leurs dirigeants au base-ball et l’équipe des New York Mets. Ainsi face à Mets pour Metropolitains, les footeux choisirent Cosmos pour Cosmopolitains.

Dukla Prague

Le Dukla Prague porte le nom du col de Dukla, en Pologne, près de la frontière tchèque. A l’automne 1944 les forces alliées russes, polonaises et tchécoslovaques y ont combattu les troupes allemandes. Bien qu’ils aient conquis le col, ils déplorèrent de nombreuses pertes humaines.

Le club voisin des Bohemians Prague a été créé en 1905 sous le nom de AFK Vršovice. Trop compliqué pour les promoteurs australiens qui en 1927 avaient invité le club à une tournée au pays des kangourous et trouvé plus vendeur de l’annoncer sous un nom un peu plus poétique. Un nom que finalement le club tchèque adoptera définitivement.

La ville de Pori, dans le sud-est de la Finlande, est célèbre pour son festival de jazz. A tel point que le club local s’appelle FC Jazz Pori.

Hearts of Midlothian tire son nom du titre d’un roman. En fait, le club a été créé près d’une prison d’Edimbourg qui elle-même portait le nom du roman de Sir Walter Scott.

Saint-Mirren, le club de Paisley en Ecosse, a tout simplement choisi le Saint Patron de sa ville.

Les fondateurs du Sheffield Wednesday avaient l’habitude de se retrouver pour jouer au foot le mercredi. Ceux du club de Port Vale FC se réunissaient à Stoke-on-Trent dans un pub nommé Port Vale House.

Crystal Palace a adopté ce superbe nom en hommage au palais de verre de Hyde Park qui fut la grande attraction de l’Exposition Universelle de Londres en 1851. Cet édifice fut malheureusement détruit par un incendie en 1936.

(1) Merci à @BlasSamedi pour nous avoir éclairé sur certains point concernant notamment le football argentin.

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