Le nom des clubs

CULTURE CLUB – Pourquoi Arsenal s’appelle-t-il Arsenal ? Que signifie Crystal Palace ou Juventus ? Dans le nom des clubs de foot se révèlent quelque fois de belles anecdotes. (Article initialement publié le 12 août 2011, mis à jour le 23 août 2017)

River Plate 1986

25 mai 1901. Dans une maison du quartier populeux de La Boca, à Buenos Aires, quelques étudiants se rencontrent pour créer un club de football. Ce club aurait pu s’appeler La Rosales, Santa Rosa, Forward ou Juventud Boquense. Mais Pedro Martinez, l’un des fondateurs du club, était resté impressionné par un seul nom. Sur des caisses d’outils qui venaient d’être débarquées sur le quai, il a lu River Plate. Ce nom à consonnance anglaise, dont il ignorait à vrai dire la signification, le faisait rêver. Il sut trouver les arguments pour convaincre ses amis de baptiser ainsi le club qui venait de naître. Ainsi débute l’histoire d’un des plus grands clubs du monde.

Baptèmes à l’anglaise

Aux origines du football, la plupart des clubs ou presque ont adopté le nom de leur ville d’origine, auxquels ils ont ajouté un préfixe : Football Club (FC), Racing Club (RC), Atletic Club (AC) ou Sporting Club (SC).

Les Anglais ayant exporté le football un peu partout dans le monde, et l’Anglais étant réputée une langue très chic, les clubs nés à la fin du XIXème siècle ont souvent adopté un nom à consonance britannique. A Saint-Ouen, Jules Rimet et ses amis baptisent leur club le Red Star. A Anvers, le club garde le nom anglais de la ville, Antwerp. En Suisse, Berne a appelé son club les Young Boys et Zurich les Grasshoppers (« Sauterelles« ). En Amérique du Sud, on baptise ses clubs Corinthians (Sao Paulo) sans oublier River Plate (Buenos Aires).

D’autres mots sont fréquemment utilisé dans l’appellation des clubs : Olympique (ou Olympic) est utilisé en hommage, souvent, au Baron de Coubertin. Royal ou Real est une distinction selon laquelle le le club a été anobli par la Monarchie en place.

Clubs de quartiers

Dans les grandes métropoles, les clubs ont préféré emprunter le nom de leur quartier. Le cas le plus typique est celui de Londres, qui compte une multitude de clubs, dont une vingtaine de professionnels, mais aucun ne mentionne London dans son intitulé : Ils préfèrent s’appeler Chelsea, Fulham, Tottenham, West Ham, Millwall, etc.

D’autres quartiers du monde sont devenus célèbres grâce à leur équipe de football : Anderlecht (Bruxelles), Feyenoord (Rotterdam), Everton (Liverpool), Benfica (Lisbonne),  Boavista (Porto), Rosenborg (Trondheim), Servette (Genève), Flamengo (Rio de Janeiro), Peñarol (Montevideo), etc.

On peut ajouter Aston Villa (Birmingham), Aston étant le nom du quartier où se trouve l’église Villa Cross Wesleyan au sein de laquelle a été créé le club.

Le Paris Saint-Germain porte le nom de la capitale française mais également celui de la commune de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) où se trouve le siège du club mais aussi le centre d’entrainement. Cette dénomination rappelle que le club parisien est né en 1970 d’une fusion entre le Paris Football Club et le Stade San-Germanois.

Clubs de régions

D’autres clubs ont préféré adopter le nom de leur région : La Lazio (Rome, Italie), le Bayern (Munich, Allemagne), Twente (Enschede, Pays Bas), les Girondins de Bordeaux (France), ainsi que Alania Wladikawkas en Géorgie, Alania étant le nom de l’Ossétie dans le dialecte local.

Dans les années 1980-90, en France, le nom de la région ou du département s’est fréquemment ajouté au nom du club, et ce pour des raisons purement économiques, les Conseils Généraux acceptant de subventionner leurs clubs phares en échange d’un droit de cité. Les noms de Montpellier-Hérault, FC Nantes-Atlantique, CS Sedan-Ardennes ou ES Troyes-Aube-Champagne (ESTAC) sont des exemples de cette spécificité bien française.

Plus qu’une région, le Celtic (Glasgow) et le Celta (Vigo) affichent par leur nom leur identité celte. Le club écossais fut créé en 1888 par les immigrés irlandais de Glasgow. Le Celta Vigo rappelle quand à lui que la Galice est un peu la Bretagne de l’Espagne, avec sa culture celte et son mauvais temps.

Même chose pour le club chilien du FC Palestino, qui fut fondé en 1929 à Santiago par des immigrés palestiniens.

Le club de l’US Lusitanos Saint-Maur , fondé en 1966 par la communauté portugaise installée à Saint-Maur-les-Fossés, est le plus célèbre des clubs de France fondés par une communauté étrangère, très répandus dans de nombreuses grandes villes. A Andorre, un club fondé par des Portugais portent également le nom de Lusitanos FC.

Noms commerciaux

Lorsqu’en 1987, la firme Matra, qui avait investi le Racing Club de Paris, décida de rebaptiser le club Matra-Racing, on hurla au sacrilège et on déplora l’intrusion de la publicité jusque dans la terminologie des clubs. C’était oublier que depuis de longues années, certains clubs portaient déjà le nom des firmes par lesquelles ils étaient financés, voire même créés : le Phillips Sport Veirein (PSV), à Eindhoven, existait depuis 1913 et le Bayer Leverkusen depuis 1904 !

En 1920, lorsqu’il créa son propre club à Saint-Etienne, Geoffroy Guichard, patron des magasins Casino, voulut appeler son club l’AS Casino, ce à quoi la Fédération Française de Football s’opposa. Autre temps, autres moeurs, l’éphémère club club de Thonon-Gaillard a porté durant ses neuf années d’existence (2007-2016) le nom de son sponsor Evian au point de créer un peu la confusion. Non, Evian Thonon-Gaillard n’était pas le club de la ville d’Evian !

Aujourd’hui, la boisson gazeuse Red Bull a investi de nombreux clubs de foot à qui elle a donné son nom. A Salzbourg, ville du siège de la firme, l’Austria est devenu le Red Bull Salzbourg en 2005. Ensuite en 2006 les New York Metrostars sont devenu le Red Bull New York. La firme a aussi fondé le Red Bull Brasil à Sao Paulo en 2007, puis le Red Bull Ghana à Sogakope en 2008, puis le le Red Bull Leipzig en 2009. La firme a également investi le FC Liefering, un autre club autrichien, mais ne lui a pas (encore) donné son nom.

Clubs d’entreprises

D’autres noms de clubs font référence à l’entreprise où ils ont été créé. Ainsi Arsenal a été fondé en 1886 à Londres par les employés de la Woolwish Arsenal, l’usine d’armement du gouvernement britannique.

Arsenal Station

En 1957, un club argentin a également opté pour le nom d’Arsenal sans que l’on soit sûr qu’il s’agisse d’un hommage au club londonien (lire l’article « Histoire d’un nom : Arsenal » sur le site Lucarne Opposée).

Dans les Deux-Sèvres, Niort a longtemps été la capitale mondiale de la chamoiserie, industrie de traitement de la peau de chamois. En 1925, le président des Chamoiseries de Niort, Charles Boinot, créa le club de football local et le baptisa tout naturellement les Chamois Niortais.

Dans le football soviétique, puis dans les pays de l’Est sous influence, ce sont les organismes gouvernementaux (la police, l’armée, les chemins de fer…) qui créèrent leur propre club. D’où de nombreux Dynamo notamment à Kiev, Moscou, Minsk, Bucarest, Zagreb ou Berlin qui représentaient la police, mais aussi quelques CSKA (Moscou, Sofia…) considérés comme les clubs de l’armée et les Lokomotiv (Moscou, Sofia, Plovdiv, Leipzig…) issus des sociétés de chemin de fer.

A Lagos, un club porte le nom de Julius Berger, fondé en 1976 par une filiale de l’entreprise Allemande Bilfinger Berger AG installée au Nigeria. Julius Berger est en fait le nom du créateur de l’entreprise en 1890.

Galatasaray tient son nom de l’école française d’Istanbul où il a été créé.

Personnages historiques

De nombreux clubs portent le nom d’un personnage historique : Willem II (Pays-Bas), Vasco de Gama (Brésil), Tottenham Hotspur (Angleterre), Vélez Sarsfield (Argentine). On peut également citer les noms de Valery Chkalov, Jorge Wilstermann, Alexei Stakhanov, Simon Bolivar, Hristo Botev, Vasil Levski, Milos Obilic, de grandes figures (souvent associées au nationalisme) qui ont inspiré le nom de grands clubs un peu partout dans le monde.

Mythologie

La mythologie et la religion ont inspiré de nombreux clubs, tels l’Ajax Amsterdam (Pays Bas), Atalanta Bergame (Italie), Apollon Limassol (Chypre), le Fortuna Sittard (Pays Bas), l’Aris Salonique (Grèce) ou Hércules FC (Espagne).

Clubs homonymes

A l’instar du club argentin d’Arsenal décrit plus haut, de nombreux clubs sud-américains ont choisi comme nom celui d’un club européen.

A Montevideo, des étudiants de l’école Padres Capuchinos ont appelé leur club… Liverpool, en hommage non pas au club des Reds mais à ce port d’Angleterre d’où provenaient nombre de navires à Montevideo.

A Valparaiso (Chili) des expatriés anglais ont créé en 1909 un club du nom d’Everton. Probablement parce que les créateurs étaient des fans du club de Liverpool, peut-être aussi par le club était en tournée dans le coin. Une autre hypothèse indique que le nom du club serait aussi une référence à une marque de bonbons, Everton Mints. D’ailleurs les joueurs du club anglais ne sont-ils pas eux-même surnommés les Toffees ?

A Guayaquil (Equateur), un club porte le nom de Barcelona, un hommage direct au club catalan. A Potosí (Bolivie), le club a pris le nom de Real Potosí en hommage au club de Madrid. Quand au Montevideo Wanderers, il s’inspire du club anglais de Wolverhampton.

Et aussi…

A Buenos Aires, un magasin anglais refusait de faire jouer ses employés argentins dans l’équipe de l’entreprise, réservée aux seuls sujets britanniques. Les exclus décidèrent alors de fonder leur propre équipe. Il la nommèrent Independiente.

Inter, contraction de Internazionale, indique que le club accueille des joueurs de toutes nationalité. En ces temps d’arrêt Bosman, un tel nom peut paraître incongru, mais en 1908, l’Inter Milan fut créé par les démissionnaires du Milan Cricket Club (futur Milan AC), lequel avait décidé de ne recruter que des joueurs italiens. Le terme a été repris par le nombreux clubs, aussi bien à Porto Alegre qu’à Bratislava.

Juventus veut dire Jeunesse en latin. Il est à noter que dans ses statuts, le club turinois s’appelle « Juventus Football Club » et non pas « Juventus Turin », comme on le désigne fréquemment. C’est la raison pour laquelle, périodiquement, les dirigeants de la « Juve » aiment faire savoir que rien ne les lie à la ville de Turin, et qu’ils peuvent très bien jouer dans une autre ville quand bon leur semble.

Le Hertha Berlin porte le nom d’un bateau. Fritz Lindner, le créateur du club, avait en effet été séduit par son escapade à bord du Hertha, un bateau à vapeur dont la cheminée était peinte en bleu et blanc, les couleurs du club.

Le Sparta Rotterdam fait référence à Sparte et à ses guerriers. Tout comme le Sparta Prague en République Tchèque, ou encore le club maltais du Hamrun Spartans FC.

Xamax est le nom du club de Neuchâtel (Suisse), sans doute le plus curieux. Il aurait pour origine l’un des joueurs qui créa le club, l’international Max Abegglen, que ses amis surnommaient Xam ou… Xamax.

Le Cosmos New York doit son nom à l’opposition du soccer que voulaient donner leurs dirigeants au base-ball et l’équipe des New York Mets. Ainsi face à Mets pour Metropolitains, les footeux choisirent Cosmos pour Cosmopolitains.

Dukla Prague

Le Dukla Prague porte le nom du col de Dukla, en Pologne, près de la frontière tchèque. A l’automne 1944 les forces alliées russes, polonaises et tchécoslovaques y ont combattu les troupes allemandes. Bien qu’ils aient conquis le col, ils déplorèrent de nombreuses pertes humaines.

Le club voisin des Bohemians Prague a été créé en 1905 sous le nom de AFK Vršovice. Trop compliqué pour les promoteurs australiens qui en 1927 avaient invité le club à une tournée au pays des kangourous et trouvé plus vendeur de l’annoncer sous un nom un peu plus poétique. Un nom que le club tchèque adoptera définitivement.

Hajduk Split, fondé en 1911, mais aussi le Hajduk Kula en Serbie tirent leur nom de haidud ou haydut ou encore haïdouk  qui désignaient les brigands, les rebelles hors-la-loi ou encore les mercenaires dans les Balkans sous domination ottomane.

La ville de Pori, dans le sud-est de la Finlande, est célèbre pour son festival de jazz. A tel point que le club local s’appelle FC Jazz Pori.

Hearts of Midlothian tire son nom du titre d’un roman. En fait, le club a été créé près d’une prison d’Edimbourg qui elle-même portait le nom du roman de Sir Walter Scott.

Saint-Mirren, le club de Paisley en Ecosse, a tout simplement choisi le Saint Patron de sa ville. En Irlande, le St Patricks Athletic, un club de Dublin fondé huit ans après la proclamation de l’indépendance de l’Irlande, tient son nom du saint patron de l’ile verte.

Les fondateurs du Sheffield Wednesday avaient l’habitude de se retrouver pour jouer au foot le mercredi. Ceux du club de Port Vale FC se réunissaient à Stoke-on-Trent dans un pub nommé Port Vale House.

Crystal Palace a adopté ce superbe nom en hommage au palais de verre de Hyde Park qui fut la grande attraction de l’Exposition Universelle de Londres en 1851. Cet édifice fut malheureusement détruit par un incendie en 1936.

 

(1) Merci à @BlasSamedi pour nous avoir éclairé sur certains point concernant notamment le football argentin.

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