Dhorasoo, douzième homme

FILM – « Substitute » de Fred Poulet (2007) est un étonnant documentaire tourné par un joueur au coeur même de la Coupe du Monde 2006. Mais un joueur réduit au rôle de remplaçant et qui livre surtout ses états d’âme. Vikash Dhorasoo signe son chef-d’oeuvre.

Substitute

Ce sont des images très floues qui se promènent dans le quotidien d’un sportif au cours d’une compétition d’envergure. Elles servent en fait d’illustration pour les dialogues des deux protagonistes du film. « Substitute » de Vikash Dhorasoo est exactement l’inverse du « Portrait du XXIème siècle » de Zinedine Zidane. On se sert d’une antique super-8 plutôt que des caméras de la NASA. Elle est braquée sur un remplaçant plutôt qu’un titulaire. Un douzième homme qui s’auto-filme plutôt qu’une super-star qui se laisse capter par toutes les caméras du monde.

Juste avant la Coupe du Monde 2006 en Allemagne, le réalisateur Fred Poulet rencontre le footballeur Vikash Dhorasoo. Il lui confie deux caméras Super-8 avec pour mission de filmer son quotidien durant le tournoi. Titulaire quasi-indiscutable durant les éliminatoires, Vikash Dhorasoo se retrouve remplaçant lorsque débute la Coupe du Monde. Ce qui devait être le film-témoin d’un évènement devient une introspection sur le blues d’un remplaçant.

Vikash Dhorasoo est un footballeur atypique. Dans un milieu de muscles et de corps bodybuildés, il promène une silhouette gracile et un look qui rappelle ses origines indo-mauriciennes. Formé au Havre, il a joué à Lyon (champion de France en 2003 et 2004), à Bordeaux, au Milan AC et au Paris Saint Germain. Footballeur très fin au toucher de balle onctueux, il n’en reste pas moins un homme de caractère. Sa carrière est jalonnée de conflits avec ses coéquipiers et entraîneurs. Juste avant la sortie du film en 2007, il vient d’ailleurs de se faire licencier du PSG.

Fred Poulet quand à lui est un artiste touche-à-tout. Il s’exprime dans la musique, dans l’écriture et découvre, avec « Substitute« , le cinéma. Il a rencontré Dhorasoo suite à une « Ode à Vikash » qu’il publia dans la revue Vacarme.

Vikash Dhorasoo ne joue donc quasiment pas lors de la Coupe du Monde 2006. Le sélectionneur lui a préféré un autre joueur et le laisse sur le banc. Lors du premier match contre la Suisse, le 13 juin à Stuttgart, il entre en toute fin de match et manque de peu de donner la victoire aux Bleus : Son tir passe à ras du poteau. Sans doute cette action aurait-elle changé son histoire. Et le titre du film.

Vikash Dhorasoo retrouvera le banc lors des matches suivants. Jusqu’à la finale. Si le joueur démontre un moral de compétiteur au début du film, on sent celui-ci décliner au fur et à mesure qu’avance le tournoi. Le remplaçant se filme dans sa chambre, dévoile peu à peu le sentiment d’injustice qui l’habite, s’interroge même sur l’utilité du film.

On voit très peu d’extraits de match ou d’entraînement. D’ailleurs, juste avant la sortie, certains joueurs de l’équipe de France avaient manifesté leur crainte que le film ne révèle l’intimité de l’équipe et avaient déjà appelé leur avocat. La polémique est retombée d’elle-même dès l’avant-première. Vikash Dhorasoo n’a filmé que lui-même. On ne voit quasiment aucun autre joueur de l’équipe. Il ne s’agissait pas d’un nouvel épisode de « Les Yeux dans les Bleus« . Simplement des bleus à l’âme d’un remplaçant triste, d’un homme seul.

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