Forty four days

FILM – Le biopic « The Damned United » de Tom Hooper (2006) revient sur l’un des épisodes les plus savoureux de l’histoire du foot anglais des années 1970 : le bref passage de l’entraîneur Brian Clough à la tête du grand Leeds United.

Damned United

Après avoir incarné un Tony Blair plus vrai que nature dans « The Queen » de Stephen Frears, l’acteur Michael Sheen campe dans « The Damned United » un très crédible Brian Clough en dépit d’une ressemblance physique peu évidente. Sheen n’est pas là par hasard. Il est venu à la demande de Stephen Frears qui, à l’origine, devait réaliser ce film. Celui-ci avait commencé l’écriture du scénario avec Peter Morgan, obtenu de Andy Harries qu’il produise le film et engagé son acteur fétiche pour le rôle principal. Mais par manque de temps, il a laissé le projet à Tom Hooper, qui s’est finalement tout aussi bien débrouillé.

Le biopic est tiré d’un roman de David Peace, sorti en août 2006 et très largement apprécié dans les critiques littéraires. Un livre que Tick Broadbent, journaliste au Times, décrivit notamment comme « probablement le meilleur jamais écrit sur le sport« . Seules voix discordantes dans le concert de louanges, celles de la famille de Brian Clough qui a peu apprécié le portrait brossé par l’écrivain et repris trait pour trait dans le film. Invités à l’avant-première de « The Damned United« , la famille a logiquement refusé et s’est largement répandu dans la presse pour sauver la mémoire du défunt coach, décédé en septembre 2004.

Il faut dire que le personnage était déjà très controversé. A tel point que quelques jours après sa mort, plusieurs stades d’Angleterre refusèrent de sacrifier à la traditionnelle minute de silence, tant l’ambiguïté du disparu faisait encore débat.

Brian Clough, donc, était tout sauf transparent. Auprès de ses joueurs, il prônait une discipline de fer et insistait pour qu’on l’appelle Mister Clough. Face aux journalistes, il distillait quelques réparties souvent cinglantes, devenues depuis l’objet de nombreux inventaires. Clough se proclamait socialiste, ce qui détonnait pas mal dans le milieu du foot, plutôt conservateur. Un socialiste qui aimait l’ordre, la discipline mais aussi l’argent et la gloire.

Paradoxalement, et malgré son égo surdimensionné, ses joueurs l’adoraient. A Derby, lorsqu’il fut sur le point de se faire virer, son équipe fit front pour faire pression auprès du directoire du club. Même les épouses se mobilisèrent autour de madame Clough ! Il est vrai que le jeune manager, en cinq ans, avait fait de ce club de deuxième division un champion d’Angleterre. Il fit ensuite beaucoup mieux avec Nottingham Forest, un club sans envergure qu’il parvient à emmener sur les sommets européens. Avec des joueurs qui juraient pouvoir traverser un mur de briques si leur entraîneur le leur demandait.

Brian Clough a passé six ans à Derby, puis dix-huit à Nottingham Forest. Entre temps, il est passé par Leeds où il ne resta que quarante-quatre jours. Un court passage, mais un passage fameux sur lequel se concentre le roman de Peace et le film de Hooper. Lorsqu’il débarque à Leeds, Clough a le tort de se croire en terrain conquis. Contrairement aux usages du métier, il fustige d’entrée les méthodes de son prédécesseur Don Revie, et critique ouvertement son style de jeu. A l’entraînement, il tente d’imposer son autorité à des joueurs comme Billy Bremner, Johnny Giles et autres Norman Hunter, des caractères bien trempés. Le clash est inévitable et survient au bout d’un mois et demi. En cinq matches dirigés par Clough, Leeds n’en a gagné qu’un seul.

Clough était un personnage à multiples facettes. Ses qualités de management et sa connaissance précise des choses du football en ont fait un personnage incontournable en Angleterre. Incontournable, mais certainement pas indiscutable. On n’ignore plus comment il afficha clairement son homophobie vis-à-vis de Justin Fashanu, jeune joueur de Nottingham qui s’est suicidé par la suite. Il ne cachait pas non plus son machisme en déclarant qu’il préférait voir sa femme dans la cuisine plutôt que sur un terrain de foot. La fin de sa carrière, en 1993, s’est déroulée dans un climat de corruption et une histoire de commissions occultes dans des transferts de joueurs. Son autobiographie, ensuite, a provoqué un vif émoi suite à des remarques désobligeantes vis-à-vis des supporters de Liverpool, qu’il accusa ouvertement d’être les responsables du drame d’Hillsborough.

C’est cette nature ambigüe que « The Damned United » est parvenue à restituer dans un film où les scènes de football ne manquent pas de crédibilité. Toutes les scènes de matches sont reconstituées, hormis un Liverpool-Leeds de 1974 dont le réalisateur à repris les images d’archives. Il s’agit de cet épisode fameux où à Wembley, au cours du Charity Shield, Billy Bremner et Kevin Keegan ont une explication très virile qui leur coûtera à chacun une exclusion.

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