Chute libre

AUTOBIOGRAPHIE – Le livre « Prolongations d’Enfer » de José Touré, paru en 1994, se distingue de la platitude des autobiographies de footballeurs par la violence avec laquelle le joueur décrit sa descente aux enfer.

José Touré

José Touré fut l’homme d’un but somptueux en finale de la Coupe de France. Un numéro de jongleries qui fit se lever tout un stade un beau soir de mai. Touré avait vingt-deux ans et un avenir prometteur. Il deviendra malheureusement l’exemple-type du talent bousillé par le football-business.

En 1986, lors d’un mémorable Nantes-Inter Milan de Coupe d’Europe, Touré quitte le terrain le genou en compote, à la suite d’une mauvaise chute. Adieu Coupe d’Europe, adieu également le Mondial mexicain avec l’équipe de France. Adieu, aussi le FC Nantes, dont il ne portera plus les couleurs. Touré termine sa saison à Saint-Jean-de-Monts, capitale vendéenne de la douleur sportive et des interminables convalescences. Blessé, brisé, démoralisé, celui que la France de foot a copieusement surnommé le Brésilien est abattu.

Paradoxalement, même cassé en deux, sa cote reste au plus haut sur le marché des transferts. C’est sur un lit d’hôpital que Touré signe un juteux contrat en faveur des Girondins de Bordeaux.

Lorsqu’il retrouve le gazon début 1987, Touré n’a plus de brésilien qu’un vieux surnom. Son genou en plastique ne lui autorise plus la grâce qui fit l’enchantement des foules, et c’est un homme de combat, musclé par de longs exercices de rééducation, qui brille à la pointe de l’attaque bordelaise. José Touré n’est d’ailleurs plus le même homme. Grassement rétribué par le club bordelais, il s’offre les restaurants les plus huppés, les couturiers les plus chics, et de nombreuses virées nocturnes avec de nouveaux amis.

Sur les pelouses, ses inspirations « brésiliennes » ne sont plus dispensées qu’avec parcimonie. Sa réputation malgré tout demeure au sommet et l’Association Sportive de Monaco, en 1988, dépense sans compter pour s’offrir son Brésilien. Les émoluments de celui-ci sont même les plus larges jamais touchés par un footballeur français, en dépit d’un talent de plus en plus discuté. Ses plus beaux dribbles se déroulent sur les déclarations d’impôts plus que sur les pelouses du championnat français.

Sous le maillot monégasque, Touré n’est déjà plus qu’une parodie de lui-même. A vingt-sept ans, on le dit riche, jeune et beau. Mais il est déjà vieux, aigri et paumé. Il congédie femme et enfants pour se payer la belle vie dans de grosses bagnoles, avec alcools forts, drogues douces et filles de passage. Fatigué de ses absences répétées à l’entraînement, l’AS Monaco prend la décision de le virer sans ménagement. José Touré s’en fout. Il fait vrombir sa Harley sur les promenades de Saint-Trop’. Sa vie n’a plus vraiment de sens et ses exploits désertent les chroniques sportives pour glisser peu à peu vers les pages faits divers. Accidents de voiture, délits de fuite, sorties de boite houleuses, séjours en prison, puis une chute, en 1990, à travers la verrière de son appartement bordelais.

C’est le moment où son impresario s’éclipse sans mot dire. La trahison de l’homme en qui il a donné sa confiance et même les clés de son compte en banque est finalement salutaire. Déchu, ruiné, José Touré, trente ans, ouvre soudain les yeux. Livré à lui-même, il tentera de reprendre le football, par d’épisodiques apparitions dans des équipes de Deuxième Division, et de reconstruire sa vie.

Lorsque l’on referme son autobiographie « Prolongations d’enfer« , on est un peu KO. Ce serait donc aussi çà la vie d’un footballeur professionnel ? Un métier de rêve que l’on découvre jonché de pièges, de blessures, de déceptions et surtout de personnages pas très clairs usant de la naïveté des jeunes footballeurs.

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One comment

  1. salut Richard, tres bon papier qui me donne envie de lire son bouquin. je l’avais croise autour de Beaubourg un soir il y a bien 12-13 ans. Il trainait une degaine bien proche de la cloche. Il m’avait fait de la peine ce con.

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