Le match de la mort

LIVRE – Le livre « Gagner à en mourir » de Pierre-Louis Basse revient sur le dramatique match de football disputé à Kiev le 9 août 1942 où des joueurs ukrainiens furent tués pour avoir battu une équipe de soldats du Reich.

Pierre Louis Basse Gagner à en mourir

Il s’agit d’un match mythique disputé pendant la guerre. Un match à l’issue dramatique sur lequel les historiens ont longtemps cherché la vérité. Le 9 août 1942, un club de Kiev, le FC Start affronte une formation de l’armée allemande. Loin d’être une rencontre amicale, le match doit être une démonstration de la supériorité du Reich devant une population terrorisée.

L’Ukraine vit depuis plus d’un an dans l’horreur de l’invasion allemande. Les pires massacres sont commis par l’armée hitlérienne alors qu’elle cherche à envahir l’URSS. Le FC Start est une équipe principalement composée d’anciens joueurs du Dynamo Kiev. Désoeuvrés et affamés, ceux-ci n’en parviennent pas moins à remporter de nombreux matches qu’organise l’occupant allemand.

Toutefois, il ne faudrait pas que ces joueurs ukrainiens battent les représentants du Reich. Les autorités allemandes prennent le match très au sérieux. Ils ont fait venir de Berlin quelques joueurs confirmés pour renforcer l’équipe. En outre, elles ont demandé aux joueurs du FC Start… de se laisser battre.

Le match est d’une violence inouïe. L’arbitre, un allemand, ferme les yeux sur les brutalités de ses compatriotes. Le FC Start joue souvent en infériorité numérique car il y a toujours un joueur ou deux à se soigner sur la touche. Et pourtant, il mène 3-1 à la mi-temps. Sa supériorité est telle que sa victoire ne fait aucun doute. Les officiers allemands l’ont bien compris, et c’est les armes à la main qu’ils rappellent aux joueurs ukrainiens combien il serait maladroit de remporter cette rencontre.

Les hommes du FC Start savent qu’une victoire les conduira probablement à la mort. Toutefois, dans un Zenit Stadium garni et acquis à leur cause, ils vont s’imposer 5-3. La légende rapporta d’abord que les joueurs furent fusillés aussitôt le match terminé. En réalité, quatre d’entre eux seront abattus dans les vestiaires. Les autres seront arrêtés pour être déportés dans les camps. La plupart y trouveront la mort.

Le souvenir de ce match a longtemps été enfoui dans les méandres de l’histoire. La propagande soviétique en a quelque peu déformé le déroulement, et ce n’est qu’après le Glasnost que des historiens se sont sérieusement penchés sur cet épisode de la guerre. La légende a servi de base aux scénarios de nombreux films, parmi lesquels le fameux « Escape to Victory » de John Huston, qui s’est peu à peu éloigné de l’histoire originelle. Pour quelques internautes éclairés, cette histoire a également inspiré un superbe texte au jeune journaliste suisse Timothée Guillemin, « Le match de la mort« .

« C’était une histoire qui n’avait cessé de me hanter, au fil des ans, sans que je parvienne à réunir l’ensemble des pièces du puzzle. » écrit Pierre-Louis Basse au dos de son bouquin, sorti en avril 2012. « Une histoire de football, privée d’images et de caméra embarquée. Une histoire de dribbleurs fous et insouciants qui avaient préféré la mort à un match arrangé« . Un acte d’héroïsme digne de Guy Môcquet et Tommie Smith, héros des précédents récits du journaliste écrivain féru d’histoire.

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