Cartons jaunes, cartons rouges

OBJET – C’est un arbitre anglais, mister Aston, qui inventa les petits bristols de couleurs destinés à punir les mauvais joueurs et surtout, à faire comprendre d’un seul geste les décisions arbitrales.

Carton rouge

Ken Aston, un arbitre anglais, ne s’était pas remis d’un Chili-Italie de la Coupe du Monde 1962, qu’il avait dirigé mais pas complètement maîtrisé, excluant notamment deux joueurs italiens. Lors de la Coupe du Monde suivante, en 1966 à Wembley, cinq longues minutes avaient été nécessaires à l’arbitre allemand Rudolf Kreitlein pour faire comprendre au capitaine argentin Antonio Rattin qu’il était exclu du terrain. Pour M.Aston, il devenait urgent de créer un code international afin de signifier un avertissement ou une exclusion, jusqu’alors signifiée oralement au joueur concerné et à son capitaine.

Sur Kensington High Street, Ken Aston était dans sa voiture, arrêtée au feu rouge. « Bon sang, mais c’est bien sûr ! » s’exclama-t-il. « Prenons modèle sur les feux de circulation, et donnons des couleurs à nos décisions arbitrales« . Le rouge s’imposa rapidement pour signifier l’exclusion d’un joueur, puis le jaune pour un avertissement, sachant qu’un deuxième carton jaune équivaut à un carton rouge, donc une exclusion.

Lovchev et Caszely, premiers cartonnés

Le projet de M.Aston fut écouté par la FIFA et mis en pratique dès la Coupe du Monde 1970. Le dimanche 31 mai 1970, lors de la rencontre d’ouverture Mexique-URSS, le Soviétique Evgeny Lovchev reçoit de la part de l’arbitre allemand Kurt Tschenscher le premier carton jaune de l’histoire du football. Le premier carton rouge ne sera brandit quant à lui que quatre ans plus tard, le 14 juin 1974, à l’attention du chilien Carlos Caszely à la 67’minute de la rencontre RFA-Chili par l’arbitre turc Monsieur Babacan.

Les cartons de couleurs furent rapidement adoptés au sein des autres compétitions de football, y compris dans les épreuves à caractère national où le problème de langue n’avait pas lieu d’être mais où, d’un seul geste, l’arbitre faisait comprendre sa décision aux joueurs et au public. Le championnat de France adopta les cartons dès la saison 1972-73.

1986 : Batista, rouge précoce

Le 13 juin 1986, lors de la rencontre Uruguay-Ecosse de la Coupe du Monde au Mexique, l’arbitre français Joël Quiniou renvoie l’Uruguayen José Batista aux vestiaires après 53 secondes de jeu. C’est l’exclusion la plus rapide de l’histoire de la Coupe du Monde. Le joueur uruguayen n’a pas touché le ballon et a juste eu le temps de faucher l’écossais Gordon Strachan avant de quitter ses partenaires.

1990 : Premiers finalistes en rouge

Le 11 juin 1990, l’Argentin Pedro Monzón est le premier joueur exclu d’une finale de la Coupe du Monde. Il sera suivi quelques minutes plus tard par son coéquipier Gustavo Dezotti, et l’Argentine s’inclinera 1-0 face à l’Allemagne. D’autres joueurs connaîtront la même humiliation : Les Français Marcel Desailly (1998) et Zinedine Zidane (2006). On redoute une éventuelle prochaine finale France-Argentine…

1998 : Zizou piétine

Jusqu’en 1998, aucun footballeur français n’avait reçu de carton rouge en phase finale d’une Coupe du Monde ! Le premier à inaugurer la liste n’est autre que Zinedine Zidane en 1998, lors d’un match du premier tour face à l’Arabie Saoudite le 18 juin 1998. Les Bleus de 1998 récolteront au total trois cartons rouges lors de leur parcours victorieux. Après Zidane, Laurent Blanc sera exclu de la demi-finale contre la Croatie, puis Marcel Desailly sera prié de sortir lors de la finale contre le Brésil.

Déjà, lors du Championnat d’Europe 1984, lorsqu’elle remporta son premier titre, l’équipe de France avait vu beaucoup de rouge, avec deux exclusions en cinq matches : Manuel Amoros lors du match d’ouverture face au Danemark, et Yvon Le Roux lors de la finale contre l’Espagne.

Après 1998, la France prend l’habitude de prendre au moins un carton rouge à chaque Coupe du Monde : Thierry Henry en 2002 (France-Uruguay), Zinedine Zidane en 2006 (France-Italie), Yohann Gourcuff en 2010 (Afrique du Sud-France). Une habitude qui a heureusement pris fin en 2014.

2000 : Kezman mieux que Batista

Le 18 juin 2000, le Serbe Mateja Kezman parvient à se faire exclure de Yougoslavie-Norvège dès la 44ème seconde de jeu par l’arbitre écossais Hugh Dallas (en l’occurrence impitoyable). C’est le record du Championnat d’Europe.

2002 : Pluie de cartons

Lors de la Coupe du Monde 2002, l’arbitre espagnol Antonio Lopez Nieto distribue quatorze cartons au cours du match Allemagne-Cameroun  : 12 jaunes (6 pour chaque camp) et 2 rouges (1 pour chaque camp).  Son record sera battu en 2006 au cours du huitième de finale Portugal-Pays Bas où le russe Valentin Ivanov distribue 16 cartons jaunes et exclue 4 joueurs. La Coupe du Monde 2006 fut très riche en cartons : 310 jaunes et 28 rouges, ce qui en fait le record de toutes les phases finales de l’histoire.

2006 : Trop de jaunes pour un seul homme

Le défenseur croate Josip Šimunic détient un record particulier : Il est le seul footballeur au monde à avoir reçu au cours du même match… trois cartons jaunes. Lors de la rencontre Croatie-Australie, Šimunic est en effet averti pour un mauvais tacle. Puis il reçoit un nouvel avertissement quelques instants plus tard, mais l’arbitre anglais Graham Poll oublie tout simplement de l’exclure (et il ne vient à personne l’idée de le prévenir !). Juste après le coup de sifflet final, le joueur croate trouve le moyen d’aller se plaindre à Mr Poll (mais de quoi donc ?), ce qui lui vaut un nouveau carton jaune, cette fois bien accompagné d’un rouge. Trois jaunes pour un rouge, une petite faute technique qui vaudra à l’arbitre anglais les foudres de la FIFA et… une exclusion du tournoi.

2006 : Zizou le rouge

Zinedine Zidane est un joueur exceptionnel. En outre, il entretient une relation particulière avec les cartons rouges. Premier français à avoir récolté un carton rouge en Coupe du Monde, il finira même sa carrière sur un autre carton rouge en 2006 en finale pour un coup de boule asséné à un défenseur italien. Zidane partage avec le camerounais Rigobert Song le privilège d’avoir reçu deux cartons rouges en Coupes du Monde. Zinedine Zidane a reçu pas moins de quatorze cartons rouge au cours de sa carrière. Même le film qui lui est consacré (« Un portrait du XXIème siècle« ) se termine par une exclusion.

Zidane Materazzi 2006

Le mot de la fin

Vous avez remarqué ? A aucun moment nous n’avons employé le mot « expulser ». Les lois du jeu emploient le terme « exclure »…

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