Dewaere, héros de Trincamp

FILM – Dans « Coup de tête » de Jean-Jacques Annaud (1979), Patrick Dewaere enfile le maillot de l’AJ Auxerre et marque les deux buts qui font de lui le héros inattendu de la petite ville de Trincamp.

Patrick Dewaere Coup de tête

François Perrin, joueur de l’équipe réserve du FC Trincamp, se fait virer du club pour avoir méchamment bousculé la vedette de l’équipe lors d’un entraînement. Du coup, il perd également son job, puisqu’à Trincamp, le président du club, Sivardière, est également le PDG de l’usine où bossent la plupart des joueurs. Et comme à Trincamp, tout est lié, Perrin se fait virer du Pénalty, le bar du club, puis devient tricard dans à peu près toute la bourgade.

Lorsqu’un viol est commis dans la paisible cité, le pigeon est tout de suite nommé coupable, et rapidement, Perrin se retrouve en prison. Pendant ce temps, l’équipe de Trincamp fait parler d’elle en soulevant quelques montagnes en Coupe de France. Mais au moment de disputer un match important, l’équipe est décimée par un stupide accident d’autocars. On fait alors rapidement sortir Perrin de sa cellule pour compléter l’équipe. Trincamp remporte alors la rencontre (2-1) grâce à deux buts de Perrin, aussitôt proclamé nouveau héros de la cité. Mais celui-ci n’a pas oublié la machination qui l’a conduit en prison et prépare une douce vengeance.

coup-de-tete-2« Coup de tête » est incontestablement la plus belle réussite française en terme de fiction foot. Il dépeint les moeurs du football amateur et plus généralement l’hypocrisie des notables de provinces. Le film a été réalisé en 1978 par Jean-Jacques Annaud, un cinéaste à l’époque quasiment inconnu, dont le premier film « La victoire en chantant » avait été un échec commercial, mais qui reçut, à la surprise générale, l’Oscar du meilleur film étranger. L’histoire de « Coup de tête » , qui à l’origine devait s’appeler « Hareng » puis « Le Bourrin » , a été écrite en collaboration avec Francis Veber. Par la suite, Annaud réalisera de grands films « La Guerre du Feu » , « Le nom de la Rose » , « L’ours » , « L’amant » …

coup-de-tete-3Pour « Coup de Tête » , Annaud a réuni de nombreux visages familiers des comédies à la française : Jean Bouise, Gérard Hernandez, Michel Aumont, Paul Le Person, Maurice Barrier, Mario David, Hubert Deschamps, Robert Dalban, sans oublier France Dougnac. Il a confié le rôle principal à Patrick Dewaere, qui s’est entraîné comme un fou pour ressembler autant que possible à un footballeur. Il a participé aux entrainements des joueurs de l’AJ Auxerre sous les ordres d’un entraîneur à l’époque peu connu, Guy Roux. Celui-ci, conseiller technique du film, demandait également à chacun de ses joueurs d’inviter l’acteur à leur domicile, afin qu’il s’imprègne de la vie d’un footballeur.

Pour l’épopée du FC Trincamp, Jean-Jacques Annaud s’est inspiré non pas d’Auxerre, mais d’un autre club amateur qui, au début des années soixante-dix, fit un remarquable parcours en Coupe de France : l’En Avant Guingamp. Annaud voulait d’abord tourner son film à Concarneau avant de changer d’avis.

coup-de-tete-1Les principales séquences du film se jouent dans plusieurs villes (Fontainebleau, Meaux, Châtenay-Malabry). Celles du match ont été tournées au stade de l’Abbé Deschamps, à l’occasion d’un match Auxerre-Troyes. Les actions spécifiques ont été tournées à la mi-temps et durant la nuit qui suivit le match. Les spécialistes reconnaissent Marian Szeja, le gardien polonais d’Auxerre, et son homologue troyen Jean-Luc Arblay. On voit aussi les  joueurs de Troyes Fabrice Peltier, Bruno Differding et l’attaquant Jean-Luc Maranelli qui marque le but des adversaires de Trincamp. Coté auxerrois, on reconnait Jean-Michel Geffroy et Philippe Delancray.

Dewaere aurait aimé ne pas être doublé, mais s’il avait une bonne condition physique, sa technique restait déplorable. Ce sont donc le corps et les jambes du milieu de terrain de l’AJA Lucien Denis qui dribblent pour François Perrin. D’autres joueurs de l’AJA apparaissent brièvement durant le film : Paul Brot, qui se fait traiter de « Polak » et Jean-Paul Noël, le petit jeune qui capte l’attention de l’entraineur en rattrapant in extremis un vase qui tombe.

Il faut aussi citer la musique, élément essentiel du film, un petit bijou de ritournelle sifflée signée Pierre Bachelet. Le compositeur, qui démarrait tout juste une carrière de chanteur de variété, a aussi composé la chanson du FC Trincamp : « La victoire au bout du pied, l’ennemi désemparé, Nous vaincrons, nous vaincrons, Trincamp !  Trincamp ! Trincamp ! But ! But ! But ! Trincamp ! Trincamp ! Trincamp ! But ! But ! But ! »

Curieusement, le film a eu un effet bénéfique sur l’AJ Auxerre. Le club bourguignon est alors en Deuxième Division, mais au moment de la sortie du film, les hommes de Guy Roux font parler d’eux en réalisant un extraordinaire parcours en Coupe de France. Ils atteindront la finale au Parc des princes (où ils s’inclineront face à Nantes). Le club rejoindra l’élite un an plus tard et deviendra l’un des plus grands clubs français des années 1980-1990. En 1996, ils remporteront le championnat de France après une ultime victoire… à Guingamp.

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