Rocky was a goalkeeper

FILM – Le film « Escape to Victory » de John Huston (1981) réunit une brochette de grands noms du foot au sein d’une improbable équipe de prisonniers de guerre. Avec aussi Michael Caine et un impayable gardien de but, Sylvester « Rocky » Stallone.

Sylvester Stallone dans "Escape to Victory"

Dans le camp de Gensdorf, pendant la guerre, on s’ennuie ferme. A tel point que les prisonniers n’ont pour seule distraction que d’échafauder des plans d’évasion. D’autres, plus raisonnables, ont choisi d’occuper leur temps à jouer au foot. Le commandant du camp, qui semble s’ennuyer pas mal lui aussi, apprécie ces joutes balle au pied et rêve d’organiser un match entre prisonniers et soldats de la Werchmart. L’idée fait son chemin et séduit jusqu’en haut lieu. Finalement, la rencontre est organisée en grande pompe au stade de Colombes, à Paris, rien que çà. Les autorités hitlériennes ont non seulement rassemblé les meilleurs joueurs allemands pour constituer leur onze de départ, mais ils ont également permis à l’équipe des alliés de bénéficier des meilleurs footballeurs qu’elle comptait parmi ses prisonniers. Si le régime voit cette rencontre comme un outil de propagande, les prisonniers comptent bien s’en servir à leur profit et complotent un plan pour s’évader…

D’entrée, le scénario tient à peine la route. On imagine mal en pleine guerre un occupant se risquer à organiser sur le sol de l’occupé un événement susceptible d’éveiller des idées de rébellion. On se s’attardera donc pas plus sur les multiples imperfections de ce film, les ficelles un peu grosses et les questions qu’on évite de poser. Car « A nous la victoire » est avant tout un film de commande.

C’est l’époque où, aux Etats Unis, quelques businessmen un peu illuminés s’étaient mis en tête de faire aimer le soccer à leurs compatriotes. Autant dire que la tâche était ardue : les yankees, gavés depuis toujours de base-ball, de basket et de foot US, n’avaient pas vraiment le temps ni l’envie de s’intéresser à notre foot à l’Européenne. Mais depuis le milieu des seventies, nos illuminés avaient fait les choses en grand. Ils avaient créé de toutes pièces quelques équipes professionnelles dans les grandes villes du pays et avaient même fondé un championnat avec stades géants et pom-pom girls. Ils avaient surtout réussi le coup de force d’y faire venir le meilleur joueur du monde, le brésilien Pelé en personne, qui signa dans leur improbable club du Cosmos New York (1).

Parmi les illuminés à la tête de ce club figuraient quelques dirigeants de la Warner. Ce sont eux qui décident de produire un film grand spectacle pour promouvoir le soccer. On ne perd pas de temps en discussions évasives. Le scénario est rapidement bouclé : On reprend « La Grande Evasion » et on met du foot dedans. Pour bien faire les choses, on se paie quelques grands noms du septième art. Comme réalisateur, on appelle John Huston, réputé pour l’excellence de sa direction d’acteurs. Pour le casting, on choisit deux acteurs bien typés : D’abord le très sportif Sylvester Stallone, star musclée du box-office US et jeune acteur en vogue depuis le triomphe de « Rocky« . Ensuite le très british Michael Caine, car du soccer sans Anglais, ce n’est plus vraiment du soccer.

Là où les producteurs ont tapé dans le mille, là où d’un film très moyen ils ont su faire un truc qu’on se plait à revoir, c’est le choix qu’ils ont porté sur les guest-stars. Car les personnages de footballeurs sont joués… par des footballeurs. Il fallait y penser ! De vrais footballeurs professionnels au générique, et non des moindres. En premier lieu, l’inévitable Pelé, le Brésilien aux mille buts, l’homme qui voulut être roi, le plus grand joueur du monde de tous les temps de l’univers, bref la crème des crèmes, dont le personnage portera le nom affligeant de… Luis Fernandez !

Escape to Victory (1981)

D’autres grands noms du foot apparaissent au générique et les aficionados ne résistent pas au plaisir d’en énoncer la liste : Bobby Moore, capitaine de l’équipe d’Angleterre, championne du monde en 1966, Osvaldo Ardiles, meneur de jeu de l’équipe d’Argentine 78, champion du monde lui aussi, le Belge Paul Van Himst et le Polonais Kazimierz Deyna, considérés comme les plus grands joueurs de leurs pays respectifs. Et d’autres plus ou moins connus : des Anglais surtout, Mike Summerbee, Russell Osman, Laurie Sivell, Robin Turner, mais aussi l’Ecossais John Wark, le Norvégien Hallvar Thoresen (et non pas « Thorensen » comme indiqué dans le générique du film), le Néerlandais Co Prins, l’Irlandais Kevin O’Callaghan, l’Américain Werner Roth et le Danois Sören Linsted. Bref, autant de vieilles gloires que de joueurs encore en activité, autant de grands noms que d’obscurs remplaçants, la plupart évoluant au Ipswich Town FC, dont la participation au film figure aujourd’hui parmi les titres de gloire du club au même titre que la FA Cup 1978 et la Coupe UEFA 1981 !

Autant le dire clairement, le film rencontre plus d’estime auprès des fans de foot que chez les cinéphiles. Plus on avance dans le film, plus cette « Grande Evasion » devient « Papa Schultz« . Mais plus on se régale aussi de la présence de ces acteurs pas comme les autres. Certes, seul Pelé y a vraiment un rôle à proprement parler, les autres joueurs bafouillant à peine une réplique.

Plus les années passent et plus les footeux aiment évoquer ce film, cette sympathique équipe de prisonniers et surtout leur impayable gardien de but, le capitaine Hatch alias Sylvester Stallone. Car ce n’est pas le slalom maradonesque de Ardilès, ni les tacles rugueux de Bobby Moore, ni le phénoménal ciseau retourné de Pelé qui sont restées comme LA scène du film, mais bien le haletant final du pénalty, véritable scène de duel façon western spaghetti. Le gardien face au tireur, les yeux dans les yeux, un silence assourdissant. Une scène qui, qu’on le veuille ou non, est devenu une référence. Regardez les quelques films basés sur le foot que l’on a tournés depuis : La plupart se terminent par une scène similaire de penalty, longue, silencieuse et insoutenable.

Aujourd’hui, « A nous la victoire » fait l’objet d’un véritable culte. Le beau maillot blanc à liserés tricolores que portaient les prisonniers durant le match (ainsi que le maillot bleu de Sly Stallone) est trouvable dans les boutiques spécialisées parmi les répliques vintage des plus grands clubs. La firme Subbuteo a créé des figurines de l’équipe des prisonniers. Et un site internet absolument fabuleux (www.escapetovictory.spodrum.co.uk) sévit sur la toile où l’on refait littéralement le match, débattant sur le nom du meilleur joueur ou sur la qualité de l’arbitrage. Sans oublier les croustillantes anecdotes du tournage.

On dit par exemple que lors du tournage en Hongrie, Stallone piqua une crise de jalousie lors qu’il constata que Pelé, qu’il connaissait tout juste, était plus populaire que lui. On dit aussi que l’accent écossais de John Wark était tellement rocailleux que ses rares répliques ont dues être doublées pour le public américain.On dit aussi que John Huston n’était pas vraiment impliqué dans le film, et qu’entre un « Moteur » et un « Coupez« , il avait tendance à roupiller. On dit aussi qu’il y a de grandes incohérences dans le match du film, où les joueurs sont remplacés alors que que changement de joueurs n’est autorisé que depuis les années soixante, où certains joueurs n’ont pas le même numéro du début à la fin, où le public porte des survêtements des années soixante-dix…N’en jetez plus. « A Nous la victoire » est un navet, mais aussi une sorte de classique. La référence d’un sous-genre à part, la fiction de foot.

(1) Voir à ce sujet l’excellent « Once in a lifetime« , un documentaire explosif sur le Cosmos New York de Paul Crowder et John Dower (2006).

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Bonus :

 

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